l’EFFENTORA 400, une histoire parisienne…

Commenter Ici
Merci pour votre commentaire

Cela se passe en France, en 2012. Si, si
De part mes douleurs très importantes, de l’ordre de 8,5/10 au paroxysme, j’ai un traitement thérapeutique lourd depuis plusieurs années, avec notamment des patchs de Durogesic 50 (Morphinique); et depuis 1 an on y adjoint 4 comprimés d’Effentora 400 par jour, en fonction de la douleur.

Et la, c’est le drame.

Vous changez de statut auprès des pharmacies et pharmaciens. La Drépanocytose? Connait pas. Effentora ? « Aaah.. Vous êtes drogué donc« . Voila. Association automatique, regards soupçonneux, pas du tout compatissant… Il faut dire que l’Effentora est diablement efficace… Après la prise d’un comprimé, je passe d’une douleur intense (poitrine, dos, chevilles, poignets) soit une incapacité totale de vie sociale, à un état sans douleur (enfin, presque), de toute façon un état très acceptable et la possibilité de conduire, d’avoir une vie « normale ». Oui, cela fonctionne diablement, du moins pour moi.

Mais voila, c’est un STUPÉFIANT. Une DROGUE. Le MAL incarné, personnifié. C’est ADDICTIF.

Aaaah.. La douleurVaste débat. C’est un état ou, tant qu’on y est pas confronté, on ne l’appréhende pas… Du type: bah, serre les dents ça passera. Ou: tu es sur que tu as autant mal que ça..? Et autres billevesées et coquecigrues.

Cela me rappelle la Martinique quand j’étais en situation de crise intense et en besoin d’oxygène etc. Meme avec une douleur EXTREME, de type 10/10, pas de morphine. (Il y a  25 ans a peu près). Fallait serrer les dents et attendre que ça passe. La morphine était encore réservée aux militaires sur le théâtre des opérations…(?)
Moi je n’y avait pas droit en tout cas. Et la crise durait 15 jours, 3 semaines.

Sans doute que l’Effentora ne se donnera jamais en sucette ou dragées, mais tout de même, moi je le vois comme SOLUTION pour mes douleurs, je ne le vois pas en tant que STUPEFIANT… La dangerosité de l’Effentora est due à sa spécificité d’addiction et d’escalade des doses.

Mais d’une, l’éspérance de vie d’un malade drépanocitaire est en moyenne générale 45 ans.. Qu’est ce qu’on se fiche d’être addcitif a une molécule qui abrège vos souffrances le temps qui vous reste….?? ! (tout dépend de votre situation, mais la mienne… C’est le cadet de mes soucis…)

Et, Donc, il vient d’avoir ce magnifique épisode dans une assez grande pharmacie PARISIENNE : ))

J’étais donc de passage à Paris pour une semaine et par manque de chance j’étais à cours d’Effentora. Comme je n’ai absolument pas de problème dans la région ou je réside à me les procurer mensuellement, je pensais (très naïvement) qu’il suffisait que mon Dr m’envoie un fax et que je le montre dans une grande pharmacie qui en aurait par chance.

N’ayant plus d’Effentora depuis 2 jours, mes douleurs étaient remontées « au taquet » comme on dit vulgairement, cela veut dire que, comme une crise intense, mes douleurs étaient à leurs paroxysme. La force mentale qu’il m’a fallu employer (déployer?) ne serait-ce que pour me lever était phénoménale.

Après plusieurs passages dans 2 petites pharmacies ou les préparateurs m’ont regardé comme si j’étais un Alien débarquant de Saturne (Anneau sur la gauche), j’ai décidé de m’adresser à une plus grande. J’arrive, je me présente, présente mon problème, dit que je SUIS en crise drépanocytaire et que je voudrais ce qu’il y a sur l’ordonnance. D’abord il y a le regard plus que suspicieux du « préparateur/pharmacien », qui en profite aussi pour jeter le même regard lourd de sous-entendu à sa collègue dont la principale activité était de ranger des boites mais en fait les jeter au fur et a mesure au sol. L’ambiance était donc… Collégiale… Moi qui souffre, en face du comptoir, ou chaque minute debout est un supplice, on a cure. Bon, j’ai l’habitude. Ce sont des commerçants après tout…

______________________ D I A L O G U E ________________________________

Pharmacien: Ah oui, je vois… Non mais personne ne vous donnera de stupéfiant à Paris sur la base d’un fax… Il vous faudra voir un médecin pour qu’il vous délivre une ordonnance sécurisée et encore…. Et il faut vérifier si nous pourrons être livrés…

Moi: D’accord, pouvez-vous vérifier si vous pouvez avoir une commande + livraison le plus tôt possible?

Pharmacien: Oui, J’appelle. Ok, livraison possible demain matin.

Moi: Pourriez-vous m’indiquer un médecin généraliste autour d’ici afin que je fasse le moins de déplacement possible, vu que j’ai un peu mal… Partout

Pharmacien: Oui, Essayez de voir le Dr XXX rue XXX de ma part.

Moi: Je téléphone et obtient un rdv immédiatement.

RETOUR PHARMACIE

Pharmacien: Très bien donc vous avez l’ordonnance, mais je dois voir mon « chef » pour voir si on peut vous la délivrer.

Moi: …?

Retour du Pharmacien: Donc j’ai vu avec le directeur, je suis désolé on ne « fait » pas de STUPÉFIANTS. On ne les délivre pas ici.

Moi: … Vous.. PLAISANTEZ j’espère? Je suis sur mes dernières « cartouches », mes dernières capacités physiques pour tenir debout sans hurler de douleur et vous m’annoncer cela MAINTENANT??!!!

Pharmacien: (marmonnant) Oui je sais, désolé… Ecoutez, je vais appeler une autre pharmacie rue Lepic qui pourra peut être vous » « dépanner »…

Moi: …

Pharmacien: Voila, il ont acceptés, vous serez livrés demain, allez-y de ma part.

Moi: Oui, j’ai déjà vu ce que cela donnait.. Bien, merci encore pour tout.

 

____________________ F I N  DU  D I A L O G U E _________________

Voila, cela vous traduit un petit épisode de la vie d’un patient, qui A une ORDONNANCE dûment remplie par un MEDECIN (pas un marabout hein, un médecin des Hôpitaux de France)

  • Un Pharmacien n’est il pas OBLIGÉ de vous fournir le traitement signifié par l’ordonnance d’un Médecin ? Quelque soit celui-ci ?
  • Qu’en est-il du « droit » du Patient ?
  • N’est-ce pas une façon de SELECTIONNER une « clientèle » ? En a t-il le droit ?

Certes je connais le problème de certains médicaments, utilisés dans d’autres buts que pour se « soigner ». Je sais aussi que la Carte Vitale fait l’objet de trafics, faut-il pour cela mettre tous les patients dans le même sac ? Annuler la carte Vitale ? l’Effentora pour moi n’est pas un « stupéfiant« , c’est un MÉDICAMENT inventé par un laboratoire, qui a eu des autorisations pour le délivrer sur le marché non ? Donc susceptible d’être utilisé par des patients, sans que ce soit « au jugé », à l’appréciation d’un apothicaire pharmacien !?

Pensez au patient pour qui c’est un combat de tous les jours déjà de se lever, VIVRE, et ensuite on doit aussi ménager les susceptibilités du Médecin, du pharmacien et de qui encore ?

Mais bon, on donne déjà au Téléthon hein… Donc voila. On a donné. Merci de souffrir en silence et chez vous de préférence. ‘Toute façon la drépanocytose… Ca touche une population particulière hein… Si vous voyez ce que je veux dire…

 

 

Kunta Kinté
"Kunta Kinté" est un pseudo mais ce n'est pas le plus important, l'important c'est le partage d'informations. L'important c'est d'éviter au maximum un langage rébarbatif et technique. L'important ici c'est que c'est MON expérience de patient, à partager avec les autres patients.

Pour une fois, le point de vue du patient...

4 réflexions au sujet de « l’EFFENTORA 400, une histoire parisienne… »

  1. Pharmacien comprimé

    Bonjour,
    votre texte révèle en effet certains manquements.
    Un Pharmacien n’est il pas OBLIGÉ de vous fournir le traitement signifié par l’ordonnance d’un Médecin ? Quelque soit celui-ci ?
    Nous avons le droit de refuser de délivrer un traitement si l'on considère que la santé du patient serait altérée par cette hypothétique délivrance. Les critères physiques ou "à la tête du client" ne doivent pas rentrer en compte, bien entendu.

    N’est-ce pas une façon de SELECTIONNER une “clientèle” ? En a t-il le droit ?
    Un pharmacien, comme un médecin, se doit de soigner qui le veut bien, dans une relation de confiance. Certaines pharmacies ne font en effet pas de stupéfiants. Sélection indirecte en effet. Je trouve cela bien dommage, pour l'universalité de l'offre de soins. Mais une pharmacie n'est pas obligée de posséder l'ensemble des médicaments.

    En espérant que cela se soit résolu et que vous trouverez un pharmacien compétent pour vous accompagner. ^^

    1. Drepanocytose Auteur de l’article

      Bonjour Pharmacien comprimé, (en espérant que vous vous décomprimerez un jour..! : ))

      Tout d'abord merci de votre commentaire et de vos encouragements, ils me vont droit au cœur.
      J'ai de la chance.
      La chance d'avoir un médecin compétent et une pharmacie, gérée par un pharmacien (et son équipe) compréhensif, professionnel et intelligent. Bref, humain.

      Avant tout, il me semble important de préciser qu'en aucun cas ce site, cet article, n'est une charge contre ce corps de métier dans son ensemble. Je n'aime pas les généralités (je n'aimerais pas que cela s'applique à mon cas…), j'essaye de traduire mes impressions, mon parcours de patient-combattant face à la maladie, en jouant le rôle de candide, avocat du diable; oui, je suis légion.

      Cependant je constate qu'il est de plus en plus difficile pour moi de me soigner, voire d'obtenir mon traitement, quand je m'éloigne de mon cercle connu de soignants qui me connaissent bien. Au dehors, c'est la jungle.
      Et cette "sortie" à Paris corrobore parfaitement mes impressions… J'ai eu l'impression de me retrouver à Hong Kong ou le Fentanyl est tout simplement interdit sur le territoire car classé en tant que drogue. La pour le coup, il faut VRAIMENT serrer les dents et attendre patiemment le vol de retour pour… Etre soigné. M'enfin c'est une autre histoire.

      Bien sur que les pharmaciens ont le droit de "refuser" de prescrire un traitement, il n'y a pas de sanction. Donc il existe pléthore de moyens afin de décourager un -client-patient pour ne pas lui délivrer son traitement: délai de livraison aux calandres Grecques, voire "On ne fait pas "dans" les stupéfiants. C'est sur que les personnes âgées et les dépressifs sont le coeur de cible préféré ! : ) Tournée de Valium !

      L'Effentora n'altère pas ma santé, il l'améliore, dixit mon Médecin (pas marabout hein, médecin), si le pharmacien considère qu'il altère ma santé, à ce moment la, il CONTACTE mon médecin et corrige avec lui l'ordonnance, en aucun cas il ne doit "refuser" par des moyens détournés de fournir au patient son traitement non ? (la c'est mon rôle de candide)
      Si la pharmacie ne possède pas le traitement, et cela se comprend aisément pour des questions de comptabilité et de gestion de stock, il se doit de le commander avec une livraison sous quelques heures la plupart du temps. Non ?
      En fait je pose des questions dont je connais déja les réponses mais c'est pour faire reculer le débat.

      Bon, on va pas se mentir, en fait, être une pharmacie estampillée "Ici y a de la drogue les gars viendez tous" ne crée pas une formidable envie de venir travailler en sachant que la clientèle sera sujette à des comportement hiératiques. : )) Bon, d'accord je comprends. Dans ce cas on ne fait pas de stock mais au moins on fournit le traitement le lendemain suite à une vérification auprès du médecin du bien fondé de l'ordonnance ? C'est-y pas une chouette solution pour le patient qui est en état de souffrance avancée pour qui cette étape est la dernière avant les urgences ? Savoir faire le distinguo ? Séparer le grain de l'ivraie ou faux ?
      Il y a aussi beaucoup de fraudes de cartes Vitales, on arrête la carte Vitale ?
      La aussi il y a "Liberté de Conscience" pour le pharmacien ? Vous comprenez mon point de vue ?
      Je suis d'autant plus outré que je n'ai pas le TEMPS. Mon compte à rebours est largement entamé, avec une espérance de vie estimée autour de 45 ans pour les Drépanocytaires, comprenez qu'il y a de quoi être un tantinet agacé par ces considérations…

      Amicalement votre.

      1. Pharmacien comprimé

        Tout à fait d'accord avec toi, mon premier post ne devait pas être assez clair pour laisser passer ce message.

        J'ai, depuis mon premier stage en pharmacie, toujours côtoyé des patients sous morphiniques. Je ne les trouve ni anormaux ni dangereux.
        Un traitement est un traitement, quelque soit le médicament qu'il contient. Et un patient est une personne. C'est ce qu'un pharmacien pourri oublie bien souvent.

        Sache que tu seras toujours bien accueillie dans la mienne^^

Laisser un commentaire